ESTERIA
Extrait offert
Prologue
Laissez-moi vous présenter ce que vous vous apprêtez à suivre. Je me présente, Émilia, héritière du Royaume du Silence, un monde autrefois prospère et aujourd’hui baigné dans les vestiges d’une gloire perdue. Feu la princesse que je fus et dorénavant je suis la gardienne de son histoire. Je sers, avec la plus grande loyauté, le maître de ce monde : l’Âme du Silence, Fallen. Il a su faire face à son prédécesseur bien déterminé à faire sombrer notre monde pour son propre pouvoir.
J’ai vu en lui ce potentiel de redonner la gloire qui nous faisait tant honneur autrefois avant les guerres interminables opposant les Paradis aux Enfers.
Pour cela, le jour d’une grande bataille où la tension était au plus fort, peu après sa mise au pouvoir, les Paradis et les Enfers se sont jetés chez nous dans un conflit sans aucun sens, et c’est à ce moment que mon choix s’est avéré le bon. Il a fait ressurgir des cendres, l’armée immortelle et toutes nos forces pour repousser ces mondes en même temps. Il a fait preuve d’une force qui a su terrifier les plus grands. Depuis lors, nous sommes le rempart contre leurs esprits guerriers, un monde neutre.
Chapitre 1
La paix règne même si elle est des plus fragiles. Certains n’hésiteraient pas à se jeter sur la moindre de nos failles si nous le permettions. La tâche est ardue, il faut s’occuper de beaucoup de choses, d’autant plus que les seigneurs restent à choisir. Un seul demeure sur les cinq trônes.
Il est cependant loin d’être seul. Peu après son intronisation, Fallen s’en est allé chercher des compagnons et sa sœur pour le suivre dans cette aventure, des âmes désireuses de trouver leur place plutôt que d’être coltinées à un simple rôle. Il est revenu après être allé les chercher aux Paradis et aux Enfers : Mal’agane, Mélody, Azura, et Kira.
Ils se sont montrés d’un véritable soutien pour lui. Tous d’un amour différent, mais si puissant. Bien que les siècles se soient écoulés, ils ont déjà vécu tant de choses et aujourd’hui le début de notre renouveau. Nous avons un territoire à protéger et dont nous devons prendre soin.
Le royaume d’Esteria, place merveilleuse de diversité. Fallen prit intérêt pour cette région qu’ils avaient pu visiter brièvement, avant de perdre ce même intérêt. J’apprécie énormément notre Âme du Silence quand bien même elle a tendance à peut-être trop s’impliquer au sein du Royaume du Silence plutôt que de voir ce qu’il se passe sur Esteria qui, aujourd’hui, est en proie à une force qui ne va pas lui plaire. Les temps ont passé et les conflits ne sont plus depuis longtemps. Je me demande s’il a toujours cette force qui est une légende sur toutes les bouches. Je vais envoyer Azura le chercher.
Murmurant aux oreilles de son monde, dans la pénombre de cette pièce souterraine illuminée par cette eau éclairant la salle, Fallen, de son titre d’« Âme du Silence », était assis en communion avec les âmes vivant en son royaume.
Un rôle qu’il s’efforçait de tenir depuis son couronnement obtenu par le sang. Sans aucune notion du temps, en plein alignement avec ces voix résonantes autour de lui.
Au plus profond de ce doux dialogue, son esprit fut perturbé par des bruits se rapprochant à pas de velours et se faisant entendre à travers le couloir usé par les siècles. Il frissonna, entrouvrant ses yeux d’où s’échappa une brève flamme couleur saphir.
Le bruit cessa. Un raclement de gorge, des cheveux balayés délivrant un parfum doux et frais. Son esprit encore entre deux rives, il reconnut cette présence. Azura… Une dragonne sous sa forme humaine, son odeur aussi rafraîchissante que l’air frais des montagnes. L’énergie apaisante qui émanait d’elle ne pouvait laisser aucun doute. De ce calme authentique, avec son sourire chaleureux, elle s’annonça d’un souffle :
— Maître ?
— Azura… dit l’homme désespéré, je t’ai dit je ne sais combien de fois d’arrêter de m’appeler « maître ». Je ne suis le maître de personne… Il souffla brièvement. Enfin… Que me vaut ce plaisir ?
Prenant un timbre de voix plus sérieux, elle répondit, les mains jointes, figées dans le silence de ses émotions.
— Très bien, j’essaierai de m’en souvenir à l’avenir. Je te prie de bien vouloir m’excuser, Fallen, Émilia souhaite te voir. Elle dit que c’est important.
Azura avait ce don aussi mystérieux que stupéfiant de rester toujours calme, sereine et si lumineuse malgré les situations, ce qui avait tendance à le déconcerter.
Il se leva, retira sa capuche, passa sa main dans ses cheveux d’or, puis la remit en douceur. Relique de son passé, elle cachait entièrement son visage, ne laissant paraître qu’un voile noir abyssal. Il étira sa nuque, déposant son regard sur son amie. La présence qu’Azura dégageait était à l’image de sa tenue. Simple, mais distinctive de la personne qu’elle représentait, accompagnée d’un manteau blanc immaculé, de perles aux poignets chantant à chacun de ses mouvements si gracieux. Ces longs cheveux auburn coiffés en queue de cheval semblaient danser. Elle cultivait l’illusion d’un rêve fou, ses yeux d’or, signes d’une beauté irréelle.
Prenant le temps de réveiller son corps endolori, attisant les braises de ses sens endormis, redécouvrant son environnement par cette odeur de cendre et de poussière, d’un geste sincère il enlaça dans ses bras Azura, lui donnant sa joie d’un sourire voilé d’ombre.
— Alors, allons-y, Émilia ne m’aurait pas dérangé pour rien… l’héritière, princesse du Royaume du Silence, dévouée à être ma guide intransigeante.
Ensemble, ils quittèrent le lieu, le bassin disparut, aspiré par les jarres, laissant reposer ce socle sacré à ses ténèbres.
Ils remontèrent les marches vers la lumière, arrivant au cœur de l’édifice, un ancien lieu de recueillement pour ceux ayant la foi, il n’en restait que des ruines. Demeuraient uniquement les rayons perçants de ce soleil noir éclatant de son halo de feu.
Fallen aimait constater que malgré les vitraux brisés, les murs effondrés, les sièges retournés, le temps qui avait eu raison de l’édifice, son souvenir et son pouvoir vivaient toujours, jouant inlassablement de sa magie. L’écho des prières vibrait encore en ses murs si l’on tendait l’oreille, on pouvait toujours entendre les prières des fidèles, et le chant cristallin de la cloche tinter de sa toute-puissance.
Foulant le sol de terre grise, où l’herbe tentait en vain de renaître, emprisonnée des cicatrices d’antan, ils prirent la route menant jusqu’au château non loin de là. Le spectacle de ce paysage figé dans le temps était magnifique, ce monde n’avait subi que les querelles de la guerre, mais depuis bien longtemps maintenant, la vie reprenait son court, et sa fonction première avec. Les morts dignes de fouler ce domaine silencieux, par l’alignement de leurs êtres profonds, pouvaient y vivre une vie normale en attendant de choisir le lieu de leur éternité, les Paradis, les Enfers ou encore rester et choyer ce monde.
Ils traversèrent le lieu, passant aux abords de ruines encore fumantes après des siècles ou des fermes ravagées, s’approchant des abords des immenses murailles protégeant une cité de repos. Par-delà la forteresse entourée des vestiges d’un lointain passé et de cendres, il n’y avait presque rien, mis à part des ruines et un ciel embrasé semé d’aurores boréales.
Le pont fut abaissé par les gardes silencieux, laissant entrer ses résidents. Par le calme du Royaume du Silence, en ville ils ne croisèrent que quelques âmes savourant ou discutant le plus simplement du monde, remarquant à peine la présence d’Azura et celle de Fallen qui s’avançaient lentement vers la citadelle. Les gardes en armures ne bougeaient pas de leurs postes, à se demander s’ils n’étaient pas totalement morts, le seul indice était la fumée qui s’échappait de leur casque à chaque expiration.
Le château avait pour réputation de ne laisser personne partir si le pas de la porte avait été franchi sans y avoir été autorisé. Cet endroit, lieu où les seigneurs du Silence d’autrefois se retrouvaient et prenaient leurs décisions pour le bien-être de ce monde. Une pratique révolue ne laissant qu’un seul seigneur à son poste, Nidéré, protégeant, choisissant les âmes dignes de rejoindre ce havre de paix au sein de la forteresse imprenable de Pandémonium.
L’architecture du château ne passait pas inaperçue, différentes ailes entouraient l’édifice, et en son centre une immense salle ovale, une tour gigantesque pour les maîtres des lieux.
À quelques mètres de l’entrée, Fallen se questionnait, dans ce paysage figé.
— Dis-moi, cela faisait combien de temps que j’étais au sanctuaire ?
— Eh bien, je dirais une journée ou deux, on commençait à s’inquiéter.
— Je suis navré, cela n’était pas mon intention, j’étais bien trop plongé dans mes pensées il va falloir que je prenne de bonnes résolutions, ha ha ! Alors, comment vont les autres ?
— Oui, il va bien falloir, mon cher « maître », dit-elle d’un air désespéré, avant de reprendre un ton plus jovial. Tout le monde va bien, nous sommes revenus de nos tâches, nous t’attendions. Mais le temps se faisant long, alors nous avons convenu en tirant à la courte paille que je devais voir comment tu allais.
Fallen prit ce reproche comme une flèche en plein cœur, ayant tendance à avoir la tête ailleurs, il n’avait pas eu conscience du temps qui venait de passer.
— J’ai la tête ailleurs en ce moment, aussi je saurai me faire pardonner, tu verras !
— Dans une utopie parfaite, oui, mais Mélody sera plus difficile à convaincre que moi, Kira ou Mal’agane, si tu vois ce que je veux dire…
Bien qu’il fût un pilier de cette équipe, Fallen connaissait les tempéraments de chacun. Le calme d’Azura, l’innocence de Kira, sa sœur, l’esprit stratège de Mal’agane et l’âme enflammée de Mélody… Il savait comment réagir avec chacun, mais cette dernière, depuis quelque temps… chaque mot était choisi avec précaution pour ne pas nuire à son sourire.
Pesant le poids des paroles à venir, il se prépara à accueillir son énergie en se mordant les lèvres.
— Oui… Tout à fait, je vois ce que tu veux dire. La dernière fois que j’ai involontairement froissé Mélody, j’ai dû… faire avec et me contenter de son cœur froissé par mon geste. Enfin bon, je saurai trouver les mots.
Franchissant la grande porte, ils parcoururent les couloirs emplis d’une odeur de poussière, illuminés par les torches valsant avec symphonie au crépitement de leurs flammes et les fenêtres dessinant l’astre solaire.
La discussion arrivant à son terme, ils parvinrent dans cette grande salle ovale du château. Le cœur de la pièce, nourri par la lumière chaude de l’éclipse se déversant inlassablement du vitrail du plafond, dessinait l’âge d’or du Royaume du Silence, relevant la poussière dormante des trônes vides à l’exception d’un d’entre eux, propre, brillant du sceau de Pandémonium.
Comme à son habitude, assise sur les gradins donnant sur les trônes, Émilia, l’ancienne princesse, se trouvait là à contempler la beauté éternelle de ce lointain passé. Cette femme, symbole de la grandeur de ce monde, gardienne et guide des Âmes du Silence. Légende à travers les mondes, elle avait vu la chute et la renaissance du royaume depuis ce jour glorieux où Fallen avait vaincu son prédécesseur, prenant son titre d’Âme du Silence.
La cherchant du regard, le premier pied dans la salle, il la vit assise empreinte d’une sérénité tourmentée. Il se demanda sincèrement s’il s’agissait d’une véritable urgence ou d’un caprice.
— Émilia ! dit-il avec entrain, lui tendant les bras. Toujours un véritable plaisir de te voir, bon qu’est-ce qui se passe ?
L’héritière tourna son regard, se levant promptement. Le visage couvert d’un voile noir et d’une couronne d’acier sur les yeux dont les piques montaient haut au-dessus d’elle. Voyant que son Âme arrivait encore endolorie par son introspection, elle l’accueillit comme il se devait, saisissant la chance de le prendre brièvement dans ses bras.
— Moi de même, très chère Âme du Silence. Je vous remercie d’avoir répondu à mon appel. Quand bien même votre état laisse à désirer, il va falloir vous réveiller, la situation nécessite notre intervention.
— Je vois… Toujours aussi, toi ? Tout le plaisir est pour moi ! Alors, je t’écoute ! D’ailleurs, tu sais Émilia, comme je l’ai dit à Azura, toutes ces manières me mettent mal à l’aise, essaie d’être moins, cérémoniale ?
Émilia, écoutant ses paroles, pencha la tête sur le côté, laissant planer un silence.
— Je ne vois pas ce que vous voulez dire. Je suis là pour vous, et m’assurer que votre esprit ne soit pas perverti comme les anciennes Âmes…
— Bien, bien, ce n’est pas grave. Oublions cela ! Tu m’as demandé, je suis là, alors je t’écoute !
— Oui, en effet, il s’agit de votre royaume : « Esteria ». Comme vous le savez, ces régions des mondes que possèdent les Paradis et les Enfers servent à la création de nouvelles âmes en vue de les développer pour leur compte respectif afin de préparer leurs troupes aux conflits, comme ils savent très bien le faire et s’évertueraient à le faire si nous n’étions pas là, ou alors de développer leurs idées en vue d’installer plus confortablement leur position.
Fallen regardait Émilia avec grande concentration.
— Pour vous la faire simple, ils veulent agrandir leurs territoires et se préparer à la guerre…
— Je me suis lassé de cette idée de conquête ou d’entretenir son domaine, seul compte le Royaume du Silence. Si l’âme est digne de nous rejoindre, elle sera jugée par Nidéré, notre seigneur et maître de Pandémonium, dit-il nonchalamment. Reprenons, Esteria, que s’y passe-t-il ? La paix entre les grandes villes semblait pourtant présente bien que fragile. Retwin, au nord, se tient tranquille, Dragmar, à l’ouest avec ses nains, reste dans ses montagnes, les elfes, dans leur cité à Adnarim à l’est, sont trop prétentieux pour considérer les autres et pour terminer Calwena, au sud, la plus faible, sans ambition, mais elle a le mérite d’être présente. Quel est le problème ?
— Il semblerait qu’il soit en proie à des interventions d’une étrange entité hors de chez nous. Le royaume de Calwena est actuellement la cible d’un ancien nécromancien divinement appuyé. Son énergie est perceptible, il semblerait que le mage ait eu une progression de potentiel plus que douteuse.
— Ça n’annonce rien de bon… s’exprima Fallen, les bras croisés. Très bien et jusqu’où va cette aide ?
Émilia se rapprocha du centre de la pièce, y invoquant une énorme sphère enflammée blanche et faisant mouvoir les flammes permettant d’illustrer ses propos.
Au travers de cette chaleur, on pouvait voir une armée, tourmentée et effrayée, face à cette armée de morts. Ils y voyaient l’heure de leur jugement. Tous espérant que leur roi, assis aux murailles, daigne les encourager. Au lieu de cela, il se vautrait allégrement à dévorer du raisin.
Ces hommes et ce roi étaient le reflet de la fragilité de ce royaume laissé à l’abandon depuis bien longtemps. Cette négligence laissait la porte ouverte à tout comportement de destruction ou de domination, et Fallen l’apprit à ses dépens.
Le nécromancien de l’autre côté du champ de bataille était conscient de sa victoire imminente et assurée. Par son regard illuminé de noirceur, rien ni personne ne pourrait l’empêcher de conquérir cette forteresse et d’asseoir sa domination.
— Je n’en sais rien, répondit Émilia. Cependant, cet homme est bien trop puissant et riche en magie pour avoir pu développer de tels pouvoirs naturellement à son grand âge. Du fait de mon savoir, seule l’aide d’une entité externe aurait pu lui permettre d’invoquer une armée de morts aussi vivace.
— Très bien… Nous allons y aller. Nous devons enlever cet air satisfait du visage de ce nécromancien, et résoudre ce mystère de soutien divin.
Happé par ce roi de péché, Fallen ne pouvait se satisfaire de cette situation.
— Mais ce « roi » me pose un problème, il est bien miséreux et pathétique, si c’est vraiment lui qui dirige, il est probable qu’on aille y faire un tour pour… comment dire, « rectifier » ce problème. Hors de question qu’un tel personnage puisse diriger, il ne faudrait pas qu’on passe pour des minables auprès des Cieux, et, des Enfers… Bien que je pense que je m’y prends tard.
Émilia acquiesça, préparant ses poumons, mais interrompue soudainement par une arrivée inopinée. La porte de la salle s’ouvrit, Mélody, Mal’agane et Kira, ressentant l’agitation de la citadelle, s’étaient précipités en son cœur.
Fallen retira sa capuche, affichant un large sourire, courant dans leurs bras, saluant ses amis, oubliant quasiment la gravité de la situation.
— Bonjour, je suis content de vous voir ! Vous tombez bien !
Mélody, la succube à la chevelure aux éclats de platine, à la peau rouge, de noir vêtue, exposant avec fierté ses courbes généreuses et ses cornes rondes ornées de bijoux, s’engouffra dans ses bras, l’enlaçant tendrement. Elle plongea ses yeux saphir scintillant comme mille étoiles dans les siens, captivants, faisant battre son cœur.
— Non, non, non, ne dis rien, ne gâche pas nos retrouvailles mon chou, je suis très heureuse de te revoir.
Une fois libre, Fallen se dirigea vers Mal’agane, un démon colossal, imposant, reconnaissable entre mille grâce à son visage froid, ses cornes, ses sabots, ses énormes mains aux griffes acérées et ses ailes de chauve-souris, le tout simplement vêtu de brassards aussi énormes que lui. Il salua d’un air agacé son ami jovial et il se serrèrent mutuellement les avant-bras.
— J’allais le dire… La prochaine fois, évite de nous faire poiroter sans nouvelles…
Derrière de telles présences, Kira, la sœur de Fallen, un ange de la mort à l’apparence d’une adolescente. En accord avec eux d’un « hum, hum », le serra fort à la taille, se faisant caresser la tête par son frère.
— Rien à voir, tout d’abord on se quitte rarement, pas besoin d’en faire toute une histoire, répliqua Fallen, légèrement agacé.
Il soupira vaguement tout en tapotant du pied. Un moment de silence s’installa, laissant place à des rires et de la joie.
— On te taquine, voyons, dit la succube avec son sourire langoureux. Nous savons très bien que gérer ce monde demande du temps, mais dis-moi, que-ce qui t’arrive ? Tu as l’air, comment dire, préoccupé ?
— Eh bien, Esteria, comme vous le savez notre seul et unique territoire, subit une attaque soutenue par un ange ou un démon, en collaboration probable avec un mage noir. Il pointa la sphère. Le problème se situe près de la ville de Calwena, au sud, la plus belle des régions, rien à voir avec le nord… Alors, voilà ce que je propose, on ne peut pas laisser ce nécromancien et son soutien faire ce que bon leur semble. On frôle la déclaration de guerre, nous n’avons pas le droit de nous montrer faibles et inactifs devant les Paradis et les Enfers, ils pourraient en profiter. Nous devons faire le nécessaire, repousser cette armée et confronter ce mage. On le questionne intensivement jusqu’à ce qu’il parle de ses projets et de son bienfaiteur. On le trouve, on le ramène chez lui plus ou moins en état, s’exprima Fallen en faisant de grands gestes et en tournant autour de ses camarades. Le seul point que j’aimerais bien travailler, ce sont les conditions de vie à Calwena, tout me laisse à penser que rien ne va, je souhaiterais y remédier.
— Quelle bonté d’âme ! J’aime les plans comme ça, mais bon on peut pas dire qu’on passe inaperçus, une succube, un ange de la mort, une dragonne, moi, un Natzena, et toi, on dirait un fantôme. Et d’ailleurs, on ne doit pas trop intervenir dans l’histoire de ces humains, je te signale, insista le démon.
Il n’avait pas tort, ces régions pouvaient subir l’influence directe de leurs mondes, mais, dans une certaine mesure, auquel cas, elles pouvaient être dévastées par leurs propres influences, laissant place à la destruction de la vie.
— Me comparer à un fantôme… Tu sais bien que j’en ai horreur de ces créatures… Passons, y a-t-il des suggestions ?
Tous se regardèrent entre eux, cherchant une solution.
— On ne peut pas simplement attaquer le nécromancien dans le dos, mon frère ? demanda Kira innocemment.
— Malheureusement non, ces morts sont le fruit d’une puissance supérieure, rien ne garantit que si le nécromancien meurt ils s’arrêteront.
— En soi, il y a de tout sur ce champ de bataille, argumenta la succube. Des squelettes, des humains, si on dissimule nos attributs les plus voyants, on deviendra invisibles, les humains croiront que certains morts ne sont plus sous le contrôle du mage ?
Un sourire s’installa sur le visage de cette équipe, tous annoncèrent leur départ à Émilia qui utilisa la flamme pour relier ce monde à Esteria. Ils passèrent au travers de cet anneau de feu, posant un premier pied depuis de longues années sous une odeur ferreuse et des cris de terreur.
Le feu et le sang coulaient sur le sol, le désespoir unissait le cœur des vivants qui combattaient avec peur et angoisse. Contrairement aux morts qui, livides et sans volonté propre, tuaient et piétinaient les cadavres. La bataille perdue d’avance pour Calwena, rien ne semblait arrêter cette armée qui ne faisait que marcher sur des morts en sursis, préparant un nouvel âge de ruine.
Le roi, posté sur les murailles, tremblait de peur, assis sur son divan. Se mordant les doigts, frissonnant de son imminente annihilation, il en sortit rapidement pour s’abriter loin de ce carnage, laissant sans commandement une armée désordonnée. On pouvait entendre les cris des soldats se faisant égorger, les appels à la retraite qui surgissaient de partout. Dans l’enceinte du château, femmes, hommes et enfants pleuraient, se cachant de terreur là où ils le pouvaient, que ce soit chez eux ou dans un tonneau, ou priaient, les mains jointes, genoux au sol sous cette odeur de cadavre putride.
Fallen et son équipe observèrent avec attention à quelques dizaines de mètres la bataille, cherchant la moindre occasion de renverser le cours du conflit et de confronter rapidement le nécromancien. L’Âme du Silence observait ce spectacle décevant et honteux. Il espérait que l’orbe enflammé de sa guide avait montré une image exagérée de la réalité. Ce monde n’était en rien représentatif des efforts et sacrifices qu’il avait faits pour obtenir la place qu’il occupait aujourd’hui. Les bras croisés, ce conflit le rongeait plus qu’il ne le pensait. Observant le soutien de ses camarades, attendant avec impatience d’entrer en scène, il reprit son sourire.
— Bon, on y est. C’est vraiment… décevant, vous voyez le général ou le roi ?
Mal’agane, fin stratège, commençait déjà à envisager une stratégie pour reprendre cette armée en main et tenter de reconquérir les cœurs comme le souhaitait Fallen. Reprendre ce monde en main. Il jugea avec attention la situation désespérée, comptant sur son équipe pour accomplir sa vision. Alors, le démon annonça ses craintes, mais aussi son idée, avec l’attention de tous qui buvaient ses paroles. Il ne put terminer sa phrase quand un mort surgit pour le mordre à la gorge. Sans même le regarder, Mal’agane tendit son bras, l’attrapant par le cou. Il broya le mort avec sa main aussi forte que monstrueuse à tel point que le peu de sang qui restait dans ce corps sortait de ses orbites, la nuque aussi fine qu’un brin d’herbe.
Tournant lentement la tête, à la vision de ce cadavre, il fut rempli de dégoût. Il lança cette charogne au loin qui roula par terre avant de s’écraser contre des arbres plus loin. Crachant au sol, il se racla la gorge avant de reprendre :
— Navré, alors comme je disais, je suggère de faire retrouver le courage à cette armée, sans commandant, elle s’éparpille et ne ressemble à rien. Je vais me mettre à ce poste de général, leur montrer ce que c’est le commandement. Pour vous, rien de bien compliqué, donnez espoir à cette armée en tuant ces gerbes ambulantes jusqu’à atteindre ce nécromancien.
Tous apprécièrent ce plan des plus simples. Fallen, Mélody et Kira se ruèrent alors au cœur de l’armée des morts et commencèrent à la mettre en pièce, ils ne daignèrent même pas sortir leurs armes, laissant Azura en arrière au besoin. Ce massacre se faisait à mains nues, chacun déchirant, éventrant et pulvérisant à sa propre façon. Quelques expériences furent faites au passage, tandis que Fallen frappait simplement ou arrachait tripes et organes sans aucun état d’âme, que Kira retournait des têtes les mettants en lambeaux, Mélody, quant à elle, arrivait à charmer des morts sans âmes en les forçant à se donner la mort ou alors à combattre contre leur propre camp.
Mal’agane se rendit à la muraille en se transformant en une nuée de chauves-souris. Il posa ses sabots devenus bottes, les hommes postés là manquèrent de tomber en le voyant arriver. En tant qu’humain, haut de deux mètres, il paradait dans la tenue d’un véritable général. Sans même ouvrir la bouche, les guerriers le laissèrent passer croyant à un héros de guerre. Chaque pas était empli d’un désir inconditionnel de victoire. D’une voix fébrile, un jeune soldat en armure fragile prit la parole, interrompant la marche du démon.
— Monsieur, qui êtes-vous ?
— Votre seule chance de salut, répondit-il sans ménagement. Que comptez-vous faire contre ça ? Fuir peut-être ? Je préfère vous prévenir, si vous partez, je vais hanter vos cauchemars jusqu’à que vous tous deveniez fou à vous donner la mort, et, au-delà de cette même mort, vous me retrouverez aux portes des Enfers, vous accueillant à bras ouverts, prêt à vous envoyer dans une geôle où vous serez torturé et humilié jusqu’à votre prochain tourment. Alors, je me répète, comptez-vous fuir ?
Il se pencha au plus près du visage du soldat, attendant une réponse.
— Non, monseigneur, mais que pouvons-nous faire ?
Il se tourna vers le champ de bataille, montrant du bras le massacre en cours, les morts gagnant davantage de terrain.
— Amenez-moi à votre poste de commandement. Tout de suite.
— Comme vous le désirez…
Le long du trajet, le soldat traîna les pieds, comme suivi par la mort. Il suait à gouttes froides, son armure trahissait sa peur, le grincement à travers ses tremblements ne cachant rien. Malgré cela, la présence du démon lui inspirait comme une lueur d’espoir et de victoire.
Lui, contrairement à cela, n’avait que pitié et mépris en observant en détail l’équipement et la formation militaire négligés de cette armée. Curieux de connaître celui qui avait osé l’interpeller, il posa une simple question.
— Comment t’appelle-t-on, soldat ?
— Lucas, monsieur, simple soldat Lucas.
— Alors, Lucas, aimes-tu ta ville ?
Mal’agane regardait la ville attentivement en y voyant son potentiel sous les nuages. La zone autour du donjon en bordure de falaise ornait parfaitement l’océan comme un saphir scintillant contrairement au reste de la ville, sale et horriblement pauvre. La population vivait dehors, dans le froid, ne mangeant que par le biais de la poubelle des classes plus aisées, dans des habitations délabrées.
— Je ne crois pas vous comprendre ? dit-il comme s’il affrontait la mort.
— Votre royaume est agréable à respirer à l’opposé de ce champ de bataille, le soleil règne et l’odeur de l’océan est perceptible, vos bâtiments manquent d’entretien, mais vous avez une belle architecture, j’ai l’impression que vous ne mettez aucune conviction à combattre pour votre vie…
L’assurance avec laquelle cette phrase venait d’être dite ne laissa pas le soldat indifférent, il prit conscience de ce qu’il avait à perdre et ce pour quoi il combattait. Saisissant tout son courage, il répondit d’une traite.
— Monsieur, si je puis me permettre, je vous remercie pour vos mots, malheureusement… Bon Dieu, je vais me faire pendre pour cela… Notre roi a plus d’égards pour ses couilles que pour la santé de son royaume, regardez notre équipement à moitié rouillé, nos lames sont à peine bonnes pour couper du beurre. Si aujourd’hui une des trois autres grandes puissances d’Esteria venait à nous attaquer de front, il vaudrait mieux pour nous tous de préparer notre propre corde et de choisir un arbre robuste. Au moins, nous pourrions choisir comment passer de vie à trépas.
Le général autoproclamé aima beaucoup le regard désemparé du simple soldat Lucas, il sourit en lui tapotant l’épaule.
— Ne vous en faites pas pour votre cou, si vous deviez mourir, ce serait moi qui vous tuerais.
— Je… euh ne crois pas vous comprendre… avoua le jeune homme, frissonnant devant l’impassibilité du général et se demandant quel mal choisir.
Ils reprirent la route en silence, en arrivant au poste de commandement, un divan luxueux s’y trouvait, ainsi qu’un plateau de fruits et divers amuse-bouches. Juste en face, une immense corne lustrée qui servait à passer les ordres.
L’armée de Calwena, au bord de la muraille, combattait et protégeait du mieux qu’elle pouvait la porte menant à l’intérieur du château. La population derrière les murs pleurait et priait tout en demandant miséricorde pour leurs péchés. Les soldats se regardèrent, y voyant leur propre reflet, une terreur sans pareil inondait leurs âmes.
Tous imploraient pitié en attendant la mort patiemment. Mal’agane, devant cette scène qu’il qualifiait comme un véritable outrage à Fallen et au Royaume du Silence, de rage lança le fauteuil par-dessus la muraille ainsi que le plateau rempli de nourriture. Empoignant à pleine main la corne, il souffla dedans.
Le bruit assourdissant sembla dégager le ciel brumeux, il laissa passer le soleil, désorientant brièvement les morts, donnant un fugace moment de répit aux soldats qui tous se retournèrent. Il reprit son souffle et commença à donner ses instructions en hurlant à pleins poumons à tel point que même Fallen et les autres, bien loin, purent entendre ses ordres.
— Écoutez-moi, tendre armée de ce château délabré ! Je suis le général Lagnis, ancien héros de guerre ! Sachez que si vous deviez mourir cela serait de ma main. Alors, maintenant, regardez en face de vous ! Cette armée n’est-elle pas faite de chair et de sang ? Ne succombe-t-elle pas sous le poids de votre miteux équipement ? Regardez en face de vous à nouveau. Ne détournez pas le regard ! Allez-vous laisser vos familles et ce royaume se faire dévorer par ces abominations ? Ou préférez-vous en emporter avec vous jusqu’aux Enfers, où moi-même je vous attendrai, vous accueillant avec ferveur pour vos exploits ! Aujourd’hui, nous combattons ces monstres pour montrer qu’ils n’ont pas leur place ici ! Alors, allez-vous vous soumettre à l’autorité de ces choses qui avancent sans âme, ou bien allez-vous combattre pour votre futur, votre famille, votre royaume ? Je vous le demande, allez-vous donner votre vie à ces monstres ou allez-vous me la donner pour que je puisse vous conduire à la victoire et venger vos camarades morts ?!
Quelques secondes s’écoulèrent avant que d’une seule et unique voix les soldats postés en bas hurlassent à la victoire comme un second souffle, une seconde vie.
Le démon ne resta pas indifférent face à cet entrain inespéré lui donnant envie de combattre. Il arracha une partie de l’instrument et sauta de la muraille, posant pied à terre. Normalement, en tant qu’humain, il aurait dû être mort, mais il se releva comme si de rien n’était.
— Resserrez les rangs ! En formation, les archers, tenez-vous prêts ! Aujourd’hui, nous allons passer un message ! Les morts n’ont pas à revenir à la vie ! Le désespoir et la peur ont déjà pris possession de votre corps, mais c’est la force et le courage qui ont empli votre âme ! À L’ASSAUT !
Ce discours remit en place l’armée hurlant de ferveur. En formation unie et motivée par leur général sur le champ de bataille. Dans ce renouveau, les archers sur ordre décochèrent leurs flèches tuant les morts les plus proches, les soldats ainsi que Lagnis se ruèrent sur le reste des cadavres ambulants. Couverte de sang, l’armée de Calwena frappait avec force et courage ses ennemis à l’aide de ses lames émoussées. Quant à Mal’agane, il combattait de son sourire carnassier, avec une hache d’armes trouvée à terre, tranchant en deux ses ennemis tels du papier.
Azura, qui n’avait pas bougé depuis un moment, entendit ce discours. Elle saisit le moment opportun pour rentrer en scène, se transformant alors en une dragonne. Elle ne possédait pas d’ailes, mais elle pouvait tout de même voler en s’ondulant dans les cieux. Ses écailles blanches reflétaient le soleil, éblouissant n’importe qui aux alentours. Elle prit appui et s’éleva dans les cieux, provoquant une onde de choc aux alentours. Rapidement, elle créa une pluie de feu sur le champ de bataille, ne laissant dans son sillage que destruction et flammes azur.
Mal’agane, totalement empli de la fièvre de la bataille, hurla à la victoire, ses troupes avançaient d’un pas plus déterminé que jamais.
— Ne faiblissez pas ! Regardez ! Cette créature légendaire ! Elle-même est avec nous ! Combattez pour la gloire, l’honneur et la victoire !
Le nécromancien, à l’autre bout de la bataille, remarqua avec inquiétude ce changement d’ardeur, se demandant par quel miracle un tel retournement de situation avait pu avoir lieu… Il observa ses troupes dans la chaleur des flammes. Il pouvait y voir trois personnes le mépriser d’une aura sanguinaire et derrière eux un sillage de cadavres. Après un instant de jugement, il remarqua que la plus jeune manquait. Il fut pris d’une puissante vision, de sueurs froides, de palpitations et son corps se raidit.
Un souffle glacial dans son dos, la mort venait frapper à sa porte armée d’une immense faux. Il tourna la tête et la vit. Kira, avec ses yeux rouge écarlate, arma son coup pour lui trancher la tête. Net. Elle semblait des plus confiantes, dans une certitude absolue et sans remords, prête à faucher une vie.
Le coup lancé, sa lame se rapprochait de plus en plus vers cette nuque froide et fragile, laissant une traînée blanche dans son sillage, quand une paire d’ailes immaculées vint agripper le nécromancien afin de le sauver in extremis pour disparaître dans un nuage de poussière. Sa lame ne manqua pas de lacérer profondément son ventre, laissant la faux nimbée de rouge.
Kira, déçue d’avoir manqué sa cible, espérait retrouver une piste pour continuer sa traque. Un bref effluve de pourriture visible par ses yeux, l’ange de la mort distinguait clairement une piste. Elle regarda alors le château avec stupéfaction et surprise. Fallen, le plus proche de Kira, s’approcha rapidement, convaincu que le coup mortel de sa sœur allait rendre grâce au cycle de la vie et de la mort. Il fut surpris du simple fait qu’il n’y avait clairement rien. Sa sœur, frustrée, grimaçant, ne manqua pas de lui sauter au visage.
— Tu l’as manqué ?
— Bien sûr que non ! répondit avec assurance la jeune femme. Je l’ai entaillé au ventre, mon coup allait lui trancher net la tête, mais il a été sauvé par des ailes blanches apparues comme par miracle. En revanche…
Kira se tut un instant pour lécher sa faux du sang coulant de sa proie, se délectant de ce goût chaud, réveillant sa folie sanguinaire. Ses grands yeux rouges trahissaient une profonde soif de sang, imprégnant l’espace autour d’elle d’une fatalité inévitable.
— Je vais pouvoir lui faire payer cette fourberie.
— C’est dingue quand même, t’as deux facettes quand tu combats et quand tu ne le fais pas c’est toujours aussi déstabilisant… Par contre, alors, une paire d’ailes blanches ? Sa marque est claire et précipitée, un ange… Tu as une piste ? Une empreinte magique peut-être ?
— Au château. J’en suis persuadée. Je le vois très clairement… Si on ne le rejoint pas vite, il va mourir de sa blessure… Je ne me pardonnerai pas de le laisser mourir de cette façon, il doit payer de m’avoir humiliée. Cet ange aussi… Il rendra grâce à son Paradis.
Elle pointa du doigt la ville et en particulier cet immense donjon imposant aux briques noires. Magnifique. Ils prirent un instant pour contempler sa beauté avant de reprendre le fil de la discussion.
— Bien, alors finissons-en ici. Il reste beaucoup à faire, nous devons faire les choses bien.
Frustrée de voir son frère comme ignorer sa requête, elle serra son poing contre sa poitrine, ce « non » dissimulé lui comprimait le cœur.
— Mais je peux y aller tout de suite ! Laisse-moi faire ! Je ne veux pas vous décevoir !
— Jamais nous ne le serons, dit-il, posant une main sur son épaule. Finissons-en avec ces cadavres, que leurs âmes puissent trouver le repos puis viendra leur tour. Ta mort le frappera, sois patiente, ma douce et très chère sœur.
Fallen savait comment lui parler, elle acquiesça, le cœur plus léger. Elle fit tournoyer sa faux pour nettoyer le reste de sang, s’abandonnant à nouveau dans sa transe meurtrière, se jetant dans la bataille et rafraîchissant les derniers cadavres de ce repos mérité.
Au cœur même du conflit, la situation s’était nettement améliorée. Ils continuèrent inlassablement, après le départ du nécromancien, les morts ne bougèrent plus et s’effondrèrent sous le poids de leurs os pour les plus fragiles. Les soldats comprirent rapidement que la magie n’était plus.
© 2026 Guillaume Laroche. Tous droits réservés.
Toute reproduction ou diffusion, intégrale ou partielle, de cet extrait est interdite sans l’autorisation de l’auteur.
Commandez votre exemplaire et plongez dans l'univers complet de cette histoire.